Article sur la jeunesse des pays d'europe du sud

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Article sur la jeunesse des pays d'europe du sud

Messagede lalouly » Samedi 13 Décembre 2008 10:02

Article intéressant.....
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/12/diplomes-mais-declasses-les-jeunes-des-pays-de-l-europe-du-sud-cumulent-les-difficultes_1130394_3214.html

Enquête
Diplômés mais déclassés, les jeunes des pays de l'Europe du Sud cumulent les difficultés
LE MONDE | 12.12.08 | 14h56 • Mis à jour le 12.12.08 | 20h13

illeuristes" espagnols, "generazione mille euro" à l'italienne, celle des 650 euros en Grèce, CPE en France... Les jeunes diplômés en pleine révolte en Grèce partagent, avec leurs voisins d'Europe du Sud, le triste record d'être payés au lance-pierre quand ils trouvent un emploi, précaire souvent. Diplômés mais déclassés, ils habitent chez papa et maman jusqu'à 30 ans et plus. Pour raisons financières, mais aussi, Méditerranée oblige, par attachement à la famille.

"Certaines sociétés partagent le poids de la précarité entre les générations, là, toute la précarité se concentre sur les jeunes", résume le chercheur au CNRS Olivier Galland. Il en veut pour preuve le pourcentage en France de salariés en contrat à durée indéterminée parmi les 30-50 ans "qui n'a pas bougé depuis vingt ans".

Lanterne rouge en matière de taux de chômage des jeunes, avec 25,2 % des 15-24 ans sans emploi (Eurostat, 2006), la Grèce est suivie par la France (22,6 %) et l'Italie (21,6 %). En proie à un chômage redevenu massif, l'Espagne risque fort de faire subir à ses jeunes le même sort.

Entre études à rallonge et emplois au rabais, ces nouveaux déclassés sont les victimes d'une "promesse non tenue" quand ils se voient attribuer un emploi sans rapport avec leur investissement éducatif, résume la sociologue Cécile Van de Velde. La déception est d'autant plus forte que ces pays ont vécu en quelques années "un saut" important entre la génération des parents qui n'ont pas fait d'études et celle de leurs enfants surdiplômés. "Ces pays ont connu une augmentation forte et brutale des niveaux d'études pour rattraper leur retard", rappelle la chercheuse Marie Duru-Bellat. Un drame dans une Europe du Sud qui a en commun la religion du diplôme et une coupure entre universités et monde du travail, aux antipodes des pays anglo-saxon et scandinaves.

GÉNÉRATION KANGOUROU

Au Danemark, pays modèle en matière de politique de jeunesse, la proximité des entreprises et des jeunes est plus grande du fait des stages et de la présence des entreprises dans les universités. Mais dans ce pays, chaque jeune bénéficie à l'âge de 18 ans d'une bourse d'études distribuée sous forme de 72 bons mensuels (d'un montant total d'environ 1 000 euros) dont chacun dispose à sa guise et sans limite d'âge. Comme en Grande-Bretagne, le job étudiant y est la règle, et l'autonomie, la norme.

Rien de tout cela sous les latitudes plus méridionales. A l'image de la France, qui a toujours écarté l'idée d'une allocation d'études, l'Espagne, l'Italie ou la Grèce n'ont pas développé de politiques d'aides spécifiques d'accès à l'autonomie des jeunes. Ces pays misent, comme le disent les experts, sur "les transferts familiaux", autrement dit, ils préfèrent aider les familles qui, à leur tour, aideront les jeunes.

Pas étonnant que ces générations kangourous s'accrochent à leur famille tout en repoussant le moment d'en former une à leur tour. Le taux de natalité s'affiche à 1,32 enfant par femme en Italie, 1,39 en Grèce ou encore 1,38 en Espagne. Les bamboccioni ("fils à maman") quittent rarement la maison avant 30 ans. Les jeunes Grecs, Espagnols et Portugais s'incrustent aussi avec un âge médian de départ de la maison familiale de 27 ans. La France échappe malgré tout au phénomène, avec un âge médian de départ de 23 ans. En Espagne, où s'ajoute l'obsession de l'accès à la propriété, "il n'y a pas de transition entre la famille que l'on quitte et la famille que l'on forme", résume Olivier Ferrand, auteur, avec Alessandro Cavalli et Vincenzo Cicchelli, de Deux pays, deux jeunesses ? (Presses universitaires de Rennes).

Face à ce cumul de difficultés, ce qui surprend les observateurs, c'est que les jeunes ne se révoltent pas davantage. Mais quand ils se produisent, ces embrasements traduisent à coup sûr davantage, selon le sociologue italien, "non plus la lutte pour les lendemains qui chantent mais la peur de perdre ce que l'on a".

Brigitte Perucca
Article paru dans l'édition du 13.12.08
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Messagede Dolcino » Dimanche 14 Décembre 2008 11:15

Suite aux évènements en Grèce beaucoup se demandent si la révolte violente des jeunes grecs va gagner la France au moment même où on assiste à un mouvement lycéen.
Pour la sociologue Isabelle Sommier cela semble oui. Les conflits sociaux vont être de plus en plus violents.

« Nous sommes sur une poudrière »
Libération : 12 décembre 2008

http://www.liberation.fr/politiques/010 ... -poudriere

Interview

Pour Isabelle Sommier, sociologue, la frustration des jeunes rend une explosion possible en France.
Recueilli par PASCAL VIROT

Isabelle Sommier, professeure de sociologie à Paris-I (1), explique que des émeutes, telles que la Grèce en connaît, peuvent survenir en France.

Existe-t-il en France un terreau semblable à celui de la Grèce ?

Il me semble que oui. Des crises violentes, nous en avons connues, par exemple en 2005 dans les banlieues. Une autre frange de la jeunesse, étudiante et lycéenne a vécu des moments de forte exaspération, passant par des phases de violences avec la police. Ce fut le cas en 1990. Et avec le mouvement anti-CPE de 2006, nous avons observé une radicalisation de la jeunesse.

Pourquoi ce risque en France ?

En Grèce ou chez nous, il existe une désespérance sociale profonde, qui a des racines anciennes à mesure du développement de la précarisation du salariat, qui semble sans fin. Autre point : la fracture générationnelle. Nous sommes dans une société qui a peur des jeunes, perçus comme une menace alors que, normalement, ils devraient représenter l’espoir.

Ils ressentent aussi la peur de rester au bas de l’échelle…

En effet, ces jeunes ont l’expérience du déclassement. Pour la première fois depuis la Libération, ils savent que ce sera plus difficile pour eux que pour leurs parents. Ce déclassement est d’autant plus ressenti que ces jeunes sont diplômés. D’où leur sentiment d’être floués : on les a encouragés à faire des études qui ne mènent à rien et qui conduisent à des emplois ne correspondant pas à leur niveau culturel. Ils prennent de plein fouet les réformes - elles se sont accélérées avec Sarkozy - qui visent le savoir, des secteurs non-utilitaires et hors champ du pouvoir comme l’éducation, les médias, la recherche, la santé…

Le désespoir des jeunes peut-il trouver un écho chez les salariés ?

C’est un des enjeux de la période à venir. Les jeunes des banlieues, en 2005, ne se sont pas unifiés avec les jeunes plus favorisés faisant des études. Mais aujourd’hui, la jonction est possible entre les jeunes et les trentenaires, qui se sont radicalisés. Souvenez-vous des grèves de 2003 dans l’éducation : ce sont eux qui voulaient bloquer les épreuves du sacro-saint bac…

Les syndicats et les partis peuvent-ils canaliser ce désespoir ?

Ils sont en plein marasme et sans crédibilité, n’offrant aucune alternative, c’est-à-dire aucun horizon autre que la préservation de ce qui est. Certes, ils sont capables de mobiliser, mais cela débouche, depuis plusieurs années, sur rien. Les réformes passent en dépit du niveau de mobilisation. D’où l’inclination, chez certains jeunes, à l’action directe. Ils ne croient plus dans l’avenir. Faute d’une perspective historique, ils croient en l’action immédiate. Casser une vitrine ou aller au contact de la police exprime une exaspération quand il n’y a ni issue ni espoir.

On peut donc assister à des mouvements sociaux violents…

Oui. Pendant les années 80 et 90, on a enterré la classe ouvrière, elle n’existait plus, nous étions dans la béatitude de la fin des classes. Et puis, nous avons vu à la fin des années 90 des conflits très durs, des ouvriers menaçant de faire sauter leur usine, de polluer une rivière. En s’exprimant avec violence, on devient plus visible.

Mais en période de chômage de masse, c’est plutôt la résignation qui règne…

Oui. Mais il peut y avoir une explosion. Nous sommes sur une poudrière. Une étincelle peut s’enflammer, plus qu’en 2005.

(1) Dernier ouvrage paru : la Violence révolutionnaire, Presses de Sciences-Po, 2008.
Dolcino hérétique : plusieurs fois admissibles depuis 2005 au CAPES, PLP et CPE. Ratatiné à la bataille de Châlons, de La Rochelle et de Paris mais vainqueur en 2008 à la "bataille de Poitiers". PLP Lettres-Histoire dans l'académie de Créteil depuis la rentrée 2009 (Bref en Sibérie pour les gens du Sud) (lol) .....
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Re: Article sur la jeunesse des pays d'europe du sud

Messagede marc sabib » Dimanche 14 Décembre 2008 15:55

J'ai pris la liberté de fusionner le topic créé par Dolcino avec celui de Lalouly, les articles ou résumés publiés étant analogues.
:014:
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